Salamaleykum Salim

Onzième jour.

Salim n’est pas si différent de nous autres
À l’adolescence comme tant d’autres
On aspire aux meilleures choses.
il devait écouter du rock, ou du rap
Cela agissait pour lui comme une soupape
Il se disait au moins de ce monde, je m’échappe
Il en écoute sûrement encore aujourd’hui.
Cela lui permet-il d’oublier la pluie ?
Il l’a décidé, Il était obligé de faire ce choix
Ses amis lui ont assuré que c’était là sa survie
Surtout quand on est dans le désarroi.
Sans cesse dans ses pensées il se noie.
Des rêves il en a, lui tant habitué aux cauchemars…

Douzième jour.

Salim, c’était sa famille, ses parents
Comme tout un chacun sur cette planète
On n’y pense pas, quand on est adolescent.
L’individu lui a pourtant certifié
Que tout se passerait en beauté :
« T’inquiète mon frère, t’a pas à t’inquiéter ».
Alors il s’en est remis aux mains du destin
Il priait, c’était sa force contre ce qui était incertain
Il se souvint des moments joyeux, même si lointain.
Triste ironie, quand on doit payer pour se séparer
Triste salaire, quand la misère, on ne peut plus soigner
C’est la guerre ici, or c’était son paradis déclaré.
Des rêves il en a. Que disparaisse le brouillard.

Treizième jour.

Salim avait des projets, des ambitions
Pouvoir offrir aux siens une meilleure situation
Il savait que cela ne se ferait pas sans passion.
Hélas, il a vu son univers finir par sombrer,
Ses proches disparaître, lui pour toujours abandonné.
Il avait enfin fini par rejoindre tant d’autres, écœurés.
Le soir du départ, torturé fut son sommeil
Des insectes étranges peuplaient sa veille
Ils le survolaient de la tête aux orteils.
Inconscient, il se voyait se noyer.
On lui avait assuré que la-bas, c’était le bon endroit
Certains lui disaient qu’il était dans son bon droit
Certes, le voyage serait long. Ici c’est un chemin de croix.

Quatorzième jour.

Salim ne s’imaginait pas grandir aussi vite
S’était-y mal comporté pour voir sa vite détruite
Il constatait bien que tous également était en fuite.
Il n’aurait jamais pensé voir chez ses parents le chagrin
De ses larmes il avait honte, lui qui feignait d’être serein
L’infamie n’aurait pas été de partir, il y était contraint.
Ses compagnons lui avait conseillé de ne pas prendre d’affaire
« Tu sais, tout ce qui sera à toi se trouve au loin sur cette terre »
Au matin, le voila avançant, suivant les gens, sans colère.
« Tu verras, la-bas ta vie sera belle, comme à la télévision »
C’est vrai, la sienne ne pouvait pas être pire, en conclusion
Seulement, devenir un héros de série, il tournait ça en dérision.
Ce n’était pas les épisodes où il était le roi.

Quinzième jour.

Salim espérait un jour parcourir tous les cieux
Aller à la rencontre de ce qui le rendait curieux
Là, son premier départ serait périlleux.
Il allait embarquer comme un amer passager
Il espérait néanmoins qu’il s’était bien engagé
Son espoir, c’est ce qui le faisait s’encourager.
D’ailleurs, l’heure de l’embarquement approchait
Il avait si peu dormi, qu’y aurait-il après ?
Tout ceux autour de lui pour le départ était prêts.
Peut-être avaient-ils raison, le paradis valait bien cette peine
Certains se mirent à chanter leur victoire prochaine
Il se mit à chanter avec eux cette aubaine.
Cette mer n’a rien d’un mur, il suffit de se lancer
Le sable, la chaleur, la faim, il l’avait déjà tant enduré.

Seizième jour.

Salim aperçut l’embarcation, il manqua de chanceler
On leur avait promis que leur vaisseau ne pouvait couler
Il se demandait si celui-ci pouvait encore naviguer.
Salim défaillait, ses membres tremblaient, il voulu détaler
Il ferma les yeux, terrifié, il aurait voulu se réveiller,
Se boucher les oreilles, ne plus entendre les autres se lamenter.
Son sang se glaça lorsque des menaces se fit entendre
Des hommes agressifs : il ne mit pas longtemps à comprendre
C’était donc ceux là qui les pousseraient dans les méandres.
Il voulait faire demi-tour, il n’avait plus assez de courage.
Certains de ses compagnons se risquèrent à quitter le rivage.
Devant des hommes menaçant, il valait mieux rester sage
Salim compris qu’on les avait floué, ils étaient les condamnés.

Dix-septième jour.

Salim regarde autour de lui. Un océan les encerclait
Il constatait : les visages qui l’entouraient étaient inquiets
L’embarquement avait ressemblé au pire des méfaits
Des individus les avaient terrorisé, sûr de leurs armes
Celui qui ne partait plus, qu’advenait-il de son âme ?
Des cris et les pleurs, pouvait-on imaginer pire drame ?
Quelques uns n’auraient jamais voulu connaître la mer
L’euphorie passé leur a fait oublié qu’ils étaient de la terre
Mais tous osait espérer que ce périple soit salutaire.
Il fallait maintenant être solidaire, quelque soit la direction
C’était l’unique manière de conjurer leur propre condition
Que pouvait-on attendre de ceux dont ils ne sont pas l’attention
Salim souhaitait malgré tout que le chemin vaille leur peine.

Une strophe pour Saphirnews.

Salim se réveilla, se demanda un instant où il se trouvait
Ses paupières s’ouvrirent sur le plafond. Il cessa d’être inquiet.
Tout ça n’était que terribles songes ? Non, maintenant, il se souvenait.
Son pays n’était plus vraiment le sien. Encore moins que lorsqu’il l’avait quitté
Et dans ce paradis inconnu, Il avait eu tant de mal à se faire accepter
Tout lui avait semblé étranger, avait-on envie de l’adopter ?
Les droits de l’homme, l’accueil chaleureux, ce n’était peut-être pas pour eux
Il subissait désormais la violence de ceux portant les insignes de ce lieu
La mort s’était déjà nourri de ses compagnons de route. Il trouvait tout cela odieux.
Malgré tout, il était certain que c’était le bon endroit, ici
Dans ce logis, dans ce lit, il se disait qu’il était pour de bon chez lui
Si tout était compliqué sur ce continent, qu’il fallait être endurci
Il fût rassuré quand des hommes, et des femmes l’aidaient, l’aimaient.
Le voyage serait long sûrement, mais il était enfin accompagné :
« Salamaleykum Salim ».

 

(juin-juillet 2017)

 

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Au fond il y a la mer

Au fond je vois la mer
Mes espoirs vont s’y noyer
Mes rêves se sont envolés dans l’éternité
Les pas que je fais sont pour les retrouver.

Une route sur laquelle je marche
Des feuilles jonchent le sol
Les oiseaux sont ivres morts
De cet été qui ne cesse sans remords.

Le soleil est comme un fouet
Un supplice de plus ou de moins
Qu’est-ce que cela peut faire
Puisque au fond, je vois la mer.

Dieu puisse-t-il me pardonner
Là, de tout abandonner
De me faire oublier
Du monde des conscients.

Je tiens la mer au creux de ma main
Salé pour des vacances
Sucré pour ma délivrance
Je n’ai plus qu’à prononcer la formule rituelle.

Vous vous sentez de rire
N’oubliez pas mes larmes
Car dans cette grande maison
Parfois, tout est brouillé à l’horizon.

Je vais me jeter
Telle une bouteille à la mer
Il n’y aura pas de message,
je ne pars pas à la nage.

Des rires, de la musique, un oiseau
Est-ce que ce sera le Paradis
Tel qu’on me l’a décrit ?…

Pour le moment, je suis épris
Car profonde est la mer
Car au fond, il y a la mer…

 

(février 2006)

 

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Je ne crois plus au père noël

Je ne crois plus au Père Noël
Son traîneau est tombé à la mer
Ses rennes se sont égarés
Et sa hotte a été dévalisée.

Je ne crois plus au Père Noël
Avec ma carte bancaire
Je peux m’acheter des biens de consommation
Des biens d’aliénation.

Le Père Noël n’existe plus
Son entreprise a fermé et ses lutins licenciés
Il a tout vendu au télé-achat
Gloire à Coca-Cola.

Le Père Noël n’existe pas
Ça, j’en suis convaincu
Les barbus ne sont plus ce qu’ils sont
Des barbus ne savent plus ce qu’ils font.

De pères Noël on nous assène
Tout ira bien on nous martèle
À la lune, on nous fait croire
Au Paradis, je préfère croire.

 

[note de 2008 : je trouve effectivement que ce texte fait preuve d’une naïveté réellement avérée… ^^]

 

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