Je vais partir

Je vais partir
M’a-t-il enfin dit,
Je m’y attendais
Je n’y étais pas préparé, j’avoue.
Je le voyais là,
Devant moi, l’air convaincu
Comme s’il avait trouvé la sortie
Comme si tout ce qui était avant
Ne le concernait plus vraiment…
Et qu’en même temps, l’appréhension
Le tenaillait encore un peu.
Il me dit : « La-bas c’est la guerre »
« Que font-ils de nos terres ? »
Je ne sus quoi lui répondre
Quelque parole aurait été stupide,
Moi-même, je me sentais stupide.
Lui, me voyait là.
Cependant, j’étais satisfait.
Mais pourquoi partir ?…

Je dois partir
Insista-t-il, se sentant grandi.
Il jubilait
Mes membres tremblaient, malgré tout.
Il se tenait là
Devant moi, un peu tendu.
Pourtant, j’étais déjà de son parti
Pourtant, je le savais capable, bravant
ce qui se racontait quand le jaloux ment…
En même temps, il voyait mon appréhension
Qui me faisait chanceler un peu.
Il me dit : « sois fort pour moi mon frère
« Sois fier de moi mon frère »
Oui. Je ne devrais pas me morfondre
Je le regardai, je le sentais splendide.
Mes yeux se firent liquide
Lui, me voyait là.
Rayonnant, il parlait, il me rassurait.
Alors pourquoi s’assombrir ?

Je veux partir
Martela-t-il, resplendi.
Il espérait.
L’euphorie me vint, ce fut son atout
Il était droit, là.
Néanmoins, ni sournois, ni fier-à-bras.
Soudain, il était déjà parti
Soudain, il devint absent…
On se serra la main fermement
En même temps, je voyais son ascension
Qui me donnait du courage en ce lieu.
Il me dit : « La-bas, on laisse faire
« Je ne peux pas rester à l’arrière. »
Non, car la-bas, le monde s’effondre
Nous sommes spectateurs du sordide
Il avait raison, il devait être un guide…
Au firmament, déjà, je l’imaginais
Alors pourquoi toujours subir ?

Il est parti
Ainsi soit-il. Qu’il soit béni
Je me souviendrai :
Ce combat devenait sien, c’est tout.
Je le vois droit, la-bas !
(Tu seras un ange la-bas.)
Voilà, il ne s’est pas départi
Le voilà fier combattant.
C’est ce qui le concerne dorénavant.
Entends, je suis en admiration,
Patiente, nous serons victorieux.
« Oui, nous sommes fiers de notre bannière
Nulle opprobre ne pourra nous faire taire. »
Non, personne ne vous fera devenir ombre
Quand bien même ce sol devienne aride.
Le monde vous verrait être les apatrides,
Il se peut que vous dominiez les sommets.
Auprès des oliviers, plus besoin de fuir.

 

(juillet 2014)

 

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Sénégal

Un ami m’a demandé de lui rédiger un petit texte sur son pays, le Sénégal. Ce fût donc chose faite. 🙂

Drapeau du Sénégal
Drapeau du Sénégal

Je viens m’asseoir sur cette terre.
Non pas parce que je n’ai rien à faire
J’avais juste envie d’être avec toi
Puis quand je regarde autour de moi
Je sais que ton drapeau ne ment pas
Tu es une étoile, je ne me trompe pas.

Nous avons eu beaucoup de stars
Souviens-toi : la bande de Dakar
Bien avant l’an 2000, sans toubab
Nous écoutions, sous les baobabs
La parole sage venue des berbères
Grâce à toi, je suis peul, sérère,…

Je suis assis, et je pense à l’océan
Il nous entoure, il est bienveillant
Un fleuve t’a donné ce nom que voici
C’est comme s’il m’avait nommé aussi
La pluie ou le soleil, la fraternité :
On est ensemble, même sans été.

Nous avons tant voulu nous émanciper
Que nous avons tenté de nous regrouper
Sénégambie. Te rappelles-tu de ce jour ?
Dommage, ce lien à peine tissé fût court
Mais nous pouvons être fier de nos chefs
Léopold, le lion rouge, héros de notre fief.

Je suis assis, et je me dis que je suis bien né
En ton étoile, je veux pour toujours m’incarner,
Alors je te remercie. Au seuil de ta maison,
Je m’incline, je t’offre du lait et une oraison,
Las, beaucoup d’entre nous se sont dispersés
L’exil, pour une seconde vie, recommencer.

Bien sûr, il n’y a pas de mer sans courant
Tout n’est pas simple, même entre amants
On s’est disputé, invectivé : « y’en a marre ! »
Des luttes intestines, chacun veut sa part !
Nos enfants voulaient enfin un renouveau
Une saine révolte, puis l’alliance à nouveau…

J’apprécie vraiment ce moment seul avec toi
Je parle en français pour t’exprimer ma joie
Mais ce que je ressens le plus profondément
Je ne peux l’exprimer qu’en wolof, maintenant
Je pourrais même te dire beaucoup, en arabe,
En hassanya, te dire je t’aime, là sous cet arbre.

Je suis né dans tes bras
Je me nourris de ta terre
Sénégal
Vois comme je suis fier,
De t’avoir comme endroit,
Sénégal
Tu m’as doté du meilleur :
Je porte ton flambeau !
Sénégal
Je resterai sans frayeur,
Au sein de ton berceau.
Sénégal

mangui dioudo thi sey lokho
mangui dounde ci la souf
senegal
xolal ni ma sigué
bi ma la amé ngay sama deukouway
sénégal
ya ma diox li gueun
sa raya la yor
sénégal
dina deuss té dou ma tite
thi sa bir mbootou
sénégal

 

(novembre 2012)

 

Merci à Manekh pour la traduction en wolof.

Le Sénégal

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Brûle (Laisse les brûler…)

Laisse les brûler
Laisse derrière toi
Un monde lointain
Ils nous ont oublié
Pas la peine d’espérer.

Laisse les brûler
Ils se battent. Pourquoi ?
Chacun veut sa miette de pain
Cela ne sert à rien de rester.
Viens avec moi, allez…

Laisse les brûler
Ils s’offusquent ? Quel désarroi !
Des intérêts, plus de dignité.
À quoi bon rester planter là ?
Je t’emmène. Un aller simple.

Tu verras, tu n’auras pas à faire grand chose.
Quelques mots à prononcer : la métamorphose.
Je pleurerai peut-être : je serai surement ému
Des larmes, ce n’est pas très cher pour un promu
De la joie, c’est la conséquence si grandiose.

Laisse les s’évaporer.
Ces chiens, et tous leurs faux amis.
Que gagneront-ils ? De vrais ennemis.
Que restera-t-il ensuite ? Un sursis ?
Rejoins-moi, j’ouvre grand mes bras.

Laisse les s’évaporer.
Un jour, tout finira bien par arriver.
Nous serons des hommes élevés.
Ils nous traitent d’arriérés ? Oublie-les !
Suis-moi, les choses d’avant sont du passé.

Laisse les disparaître.
D’eux, il ne restera rien.
Je les oublie déjà. Plus rien.
Je pense à toi, rien de malsain
Allons-y… Tu es des miens.

Tu verras, tu n’auras pas à faire grand chose.
Quelques mots à prononcer : la métamorphose.
J’exulte vraiment : je suis heureux de ta venue
Des rires : c’est ma joie immense pour un promu
De la fierté, c’est la conséquence si grandiose.

 

Lorsque ce texte m’est venu à l’esprit, j’ai également pensé à ce titre du groupe NOIR DÉSIR : « The wound » (année : 1989)

 

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Gentil ou méchant

J’ai mis mes lunettes de soleil
pour ne pas être ébloui, ciel !,
par tant de soleil, si lumineux,
comme ces étoiles dans les cieux.

Personne ne semble te remarquer,
alors je souris pour être le premier
je ne veux pas te laisser filer, non !,
étoile filante, à quoi bon sinon ?

Tu vas toi aussi comme ces gens,
je t’en prie, ne pars pas en courant
j’ai envie de dire : oh soleil, reste !
J’ai envie de te capturer, aimer à tue-tête.

 

Parmi la fourmilière, tu es la libellule
Moi je m’étais réfugié dans ma bulle
Je voulais m’échapper de cette canicule
Miracle, il y a eu toi…

Parmi la fourmilière, trop de vipères
Je les entends persifler contre l’adversaire
Je veux m’échapper de cette misère
Je suis pantois…

 

Je pourrais t’abreuver de belles paroles
À quoi bon, j’aurais trop l’air frivole
Dommage, le temps file entre mes mains
Les secondes se font torture, viens !

J’aimerais tellement savoir à quoi tu penses
Tu te dis que je fais preuve d’insistance ?
Et puis non ! Il faut que je sois franc.
Du reste du monde, je veux être différent.

Finalement, rien ne ressemble aux rêves
Ou alors, pas dans ce monde qui crève !
Je reste bouche bée au lieu de t’effleurer
Tu ne seras pas ma beauté, mais l’apeurée.

 

Parmi la fourmilière, tu es la libellule
Moi je m’étais réfugié dans ma bulle
Je voulais m’échapper de cette cellule
Espoir, il y a eu toi…

Parmi la fourmilière, trop d’impairs
Subit comme d’étranges adversaires
Pitié, je veux m’échapper de cette misère
Je suis aux abois…

 

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