Fermez-là.

Quand tu n’as plus rien à dire ou à écrire
Rien de telle qu’une bonne polémique
Afin que les médias te donnent la réplique
Ça se veut politiquement incorrect
Ça déverse publiquement sa haine
Attention : liberté d’expression !

Plus besoin de justice, ni de verdict
Pour juger maintenant, une bonne vindicte
C’est à celui qui condamnera le plus vite
La présomption d’innocence, on la nique
On se met à quatre pattes, tant qu’on participe
Bientôt la peine de mort sur ton réseau merdique !

Pour appâter le chaland, on lui conte de belles histoires
Des témoins qui pleurent en direct, on doit y croire
Les méchants ? Eux n’ont même pas le droit au parloir
Sur ton écran, les gentils sont là pour t’émouvoir.
Que l’on se rassure, la police fera bien son devoir :
Avertissement aux séditieux, ils risquent l’abattoir.

Mon téléviseur est rempli de chroniqueurs
Flattés par de misérables journalistes en chaleur
Inutile d’avoir fait des études, quelle horreur !
Communicants, people sans intérêt, un vrai thriller
Hélas, le dîner de cons est bien réel entre partouzeurs
LCI, CNews riment avec bouse, mais ça n’attire plus les mouches.

Tous les jours, en permanence, la France doit avoir peur,
Qu’elle s’enferme à triple tours, il pourrait arriver un malheur
Les rues sont pleines de violeurs, de gens venus d’ailleurs,
La solution : condamnation immédiate pour tous ces mineurs.
C’est la réalité, puisque qu’on nous l’assène à toute heure,
Par des politichiens racoleurs, c’est le festival des mauvaises odeurs.

Bazardons tous ces torche-culs, ces médias irresponsables,
N’assistons plus à ces grimaces de singes misérables
Cessons d’être complices de ces discours pitoyables
Sortons de notre condition de spectateurs influençables
Une fois le public parti, ils ne seront plus que des minables.
Prouvons à ces baltringues qu’ils seront indésirables.

Restons encore un peu chez nous

À lire de préférence le soir…


Aujourd’hui, rien n’est comme d’habitude
On dirait que les gens ont soudain disparu
Peu importe, ce n’est pas si dérangeant
Finalement, je trouve que c’est reposant.

Nous sommes prêts à nous aimer
Profitons-en pour se rapprocher
Nous allons tout faire pour oublier,
Cette situation va nous encourager
À se toucher, à s’entremêler.

La vie en dehors à vrai dire m’indiffère
Ces circonstances en rien n’interfèrent,
Je ne peux agir, je peux juste obéir
Tous les autres doivent aussi subir.

Nous enlevons nos tissus étouffants
Nous découvrons nos corps, lentement,
Nos narines, nos oreilles en se frôlant
Nous incite à redécouvrir nos sens,
Ventre contre ventre, nous allons de l’avant.

L’air est si pur, au-dehors
De vert, la nature se colore
Pas grave, nous ferons sans
Je ne sens rien d’oppressant.

Nos jambes s’entremêlent, nous nous aimons
Nous nous aventurons, en chacun nous entrons
Nous sommes solitaires, nous nous ébrouons
Nous quittons doucement cet univers, nous jouons
Rejoignons le monde parallèle. Nous rions.

À la télévision, les infos défilent sans répit
Bien tristes les gens que tout cela terrifie.
De la radio proviennent des musiques,
Des sons qui nous enivrent à l’infini.

Nos cellules n’ont pas peur de se mélanger
Elles parcourent nos épidermes jusqu’à fusionner
Dans la pénombre, laissons-nous emporter
Cette affection ne nuit pas, laissons-la germer.
Nos nuits sont plus belles que vos journées.

Délaissons les dominateurs, les mauvais esprits
Les profiteurs, ceux qui n’ont qu’un cœur assombri.
Cet endroit n’est probablement pas le paradis
Agissons pour que ça le devienne petit à petit.

Je ne peux plus t’aimer

Je ne peux plus t’aimer
Je ne sais pas pourquoi, c’est ainsi
Absolument rien ne sert de l’ignorer
Pourtant, je vois que tu es agacée.

J’ai eu beau aller consulter
Des gens, des spécialistes, des psys
Des heures et des heures d’analyse,
Avaler des remèdes magiques, ou prescrits
Marabouts ou médecins, je suis resté sans vie.

Je ne peux plus t’aimer
Est-ce toi qui ne me désires plus ?
Est-ce moi qui désire autre chose ?
La solution est-elle le problème ?

J’ai eu beau tenter une expertise
Au point que l’on m’hospitalise.
En conclusion : causes imprécises.
Je ne pouvais t’aimer plus qu’auparavant
Aurais-tu été patiente pour moi le patient ?

Je ne peux plus t’aimer
C’est ainsi. Nous l’avons compris.
Les images qui défilent en moi,
Ne sont que des fantasmes sans émoi.

J’ai eu beau naviguer
Sur l’océan de toutes les intentions
Bonnes ou mauvaises, crues ou sensuels,
Les manières, les orientations, les tentations.
Mon sang ne circule plus, je suis sans vie.

Je ne peux plus t’aimer
J’ai tenté de te donner, je suis confiné.
Peut-être un jour reviendra ma liberté
D’ici là, qu’auras-tu décidé ?

Nous avons pourtant essayé
Un peu chacun de notre côté
La distance est-elle la solution ?
Il est temps pour autre chose :
Retirons nos masques : je ne peux plus t’aimer.

Malgré tout, cela, je l’écris
On dit que cela fait partie de la thérapie.
Hélas, ma frustration m’inspire le mépris
Vivre de cette manière m’aura appris
Que l’on ne peut plus s’aimer.

 

(avril 2020)

Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons

Le sir concis

Il est (toujours) libre Max (en 2018)

Le sir concis…

…va toujours à l’essentiel et se joue du superficiel
les tristes sirs qui parlent, il les ramasse à la pelle.
Ceux qui enroulent et déroulent leur langue de miel,
une spirale de mauvais goût aux graves séquelles
Il sait bien que de toute façon ils finiront à la poubelle.

Le sir concis…

…est cela dit, bon prince, car il laisse tous ces gens parler
Les mauvais tchatcheurs, c’est certain, il préfère les ignorer
Lui préfère ne pas trop en dire, ne pas se mêler
Il laisse le monde désordonné s’entremêler
Il prend ses distances. Sur un petit nuage, il s’est installé.

Le sir concis…

À première vue, tu ne lui accorderais pas le bon dieu
Ses confessions, justement, il les réserve au Miséricordieux
Tu trouveras son costume miteux, pas grave, il a beaucoup mieux
Tu sais, parfois la mort porte une cravate, alors ouvre les yeux.
S’il n’est pas sans reproche, jamais tu ne le trouveras orgueilleux.

Le sir concis…

Sans fausse modestie, ne veut pas son nom au générique
Quand il réussit ce qu’il fait, ça lui paraît un peu basique
Les échecs l’inquiètent, deviennent une angoisse, c’est symptomatique
Pour se sentir rassuré, il veut qu’on pense qu’il est unique
Ne pas user de stratagème pour cela, simplement quelques paroles oniriques.

Le sir concis…

Ne veut pas se constituer de réseaux, là ou tout semble faux
Ne trouvent pas que les petites flatteries soient un cadeau.
Combien ont les autres ? Beaucoup ? Lui a juste ce qu’il faut.
Ni moralisateur, ni laxiste à l’excès, n’est pas des gens joviaux,
Mais si tu as besoin de lui, tu le trouveras au moment où il faut

Le sir concis…

…se sent comme un roi partout. Ne cherche donc pas son château,
Pour que tu sois à l’aise, rien de mieux que des gestes amicaux
Quand il accueille – héritage oriental – il a déjà ôté son chapeau
Tranquille, il vit son style, ambiance occidental, bienvenue amigo !
Il ne cherche pas la querelle, espère juste que tu aimeras son drapeau.

(mars 2018)

Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons